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ANDRÉ CHARLIER
Les photos, sauf les trois première et la dernière, sont de Émile Guerin, ancien professeur à Clères et responsable de l'atelier de photographie.
1895 André Charlier naît à Paris le 25 décembre. De même que son frère Henri, il n'est pas baptisé. 1902 André n'a pas encore sept ans lorsqu'il perd sa mère. Son enfance et son adolescence resteront marquées de cette perte. Il commence à étudier le piano avec son frère Henri pour professeur. Il fait ses études primaires à l'école Saint-Ferdinand à Paris. 1906 André Charlier entre au lycée Janson de Sailly. 1908 En novembre, il est atteint de la scarlatine. À son chevet, son père lui fait la lecture de Polyeucte, et cette tragédie de Corneille fait sur lui une vive impression. 1909 Son Père se remarie, et les circonstances malheureuses de cet événement sont à l'origine d'un drame familial qui cause à André Charlier un choc très violent. C'est à cette période de détresse intérieure que lui est accordée la grâce de la foi, ainsi qu'il dira dans le récit de sa conversion : « J'érais dans le plus profond désespoir, je comprenais bien qu'un grand malheur allait me frapper, le plus grand après la perte de ma mère. Je ne savais que faire... Comment pouvais-je empêcher l'événement qui se préparait ? À qui aurais-je recours dans mon infortune ? Je m'adressai à Dieu, je le suppliai de toutes mes forces de ne pas livrer ma famille à la désunion (...) Je ne fus pas exaucé. On me dira : pourquoi alors n'avez-vous pas reproché à Dieu d'avoir méprisé vos prières ? (...) Je ne répondrais qu'une chose : je croyais ». Cette épreuve familiale rapproche d'avantage encore André Charlier de son frère et de sa belle-soeur, chez qui il passe tous ses temps libres. Il peut ainsi faire de la musique avec Henri et leur ami Jacques Amyot. Il découvre alors la musique française du XVIIIe siècle, celle de Rameau et de Couperin, et la polyphonie médiévale. 1910 Au cours de ses études secondaires, André Charlier manifeste un goût très marqué pour le grec, qu'il lira dans le texte. 1911 Le 27 février, naissance de sa demi-soeur Mireille. En avril, déménagement à Bellevue, près de Meudon où son père avait acheté une maison. Celui-ci inscrit André au lycée Louis-le-Grand. Durant cette année de rhétorique, il découvre les Pensées de Pascal, dont la lecture est pour lui, écrira-t-il vingt cinq ans plus tard, une « illumination ». Il y trouve exposées des idées qui très tôt avaient germé dans son esprit sans qu'il puisse les formuler, et qui achèvent de le fixer dans une certitude absolue à l'égard de la religion catholique.
1913 Il poursuit son année de philosophie à Louis-le-Grand et réussit la deuxième partie de son baccalauréat. Il passe cette année à Cheny chez ses grands-parents maternels. André Charlier découvre à cette époque les oeuvres de Bossuet, de Péguy et de Huysmans dont l'itinéraire de conversion religieuse l'invite à songer sérieusement au baptême. Il assiste au baptême et au mariage religieux de son frère Henri. 1914 Au cours d'un stage d'aviculture à Gambais, accompagné de son frère, il rencontre l'Abbé Lemarchand, curé de la paroisse, qui lui donne une formation religieuse en vue du baptême. Après la déclaration de guerre au mois d'août, André Charlier est convoqué pour le Conseil de Révision de la classe 15, en octobre. Il quitte donc Cheny pour Paris, quelques jours avant la date du conseil. Son frère, oblat bénédictin depuis son baptême, l'introduit au monastère des Bénédictins de Saint-Louis du Temple de la rue Monsieur. Pendant huit jours le révérend Père Dom Besse parfait son éducation religieuse et le baptise le 13 octobre, à l'âge de 18 ans. Le jour même il assiste à la messe chez les bénédictines et communie. Quelques heures plus tard Henri et André Charlier reçoivent ensemble le sacrement de confirmation au couvent des Lazaristes de la rue de Sèvres, des mains de Monseigneur Favreau, évèque missionnaire en Chine. Le 19 décembre, André est mobilisé, et il part pour Mayenne où se trouve le dépôt du 130ème Régiment d'Infanterie. 1915 Au mois de mars, sa section combat dans la Meuse, au camp de la Beholle, à huit kilomètres de Verdun, et se déplace ensuite à Watrouville. En décembre, ayant reçu un éclat d'obus dans la jambe, il est évacué à Pau. Puis il retourne au front comme sergent-chef de section. 1916 Durant les mois de mai et juin, il fait la guerre de tranchées à Mourmelon, avec des séjours en première ligne. Le 18 juin, il est nommé sous-lieutenant à Crespy dans l'Aube.
1918 Le lendemain de Noël, André Charlier est libéré après dix-sept mois de captivité. Il retourne à Bellevue, mais il part aussitôt pour Cheny où il retrouve Henri, Émilie et sa grand-mère, qui meurt d'une brève maladie, deux jours après son arrivée. 1919 Il rejoint en janvier son dépôt de garnison à Laval, puis il retrouve son régiment à Mayenne, en février. Son état de santé nécessite encore une longue convalescence. Henri et Émilie quittent Paris et viennent s'installer à Cheny pour le soigner. Au mois de mai, le Service de Santé Militaire l'envoie pour plusieurs semaines de convalescence à Montpellier, dans une villa en bord de mer. À son retour de la guerre, André Charlier a demandé l'oblature bénédictine, comme son frère. Et il a retrouvé quelques amitiés demeurées intactes, Mme Favre, mère de Jacques Maritain, Jeanne sa soeur, René Schwob, Marie Sire. En octobre, il revient définitivement à Cheny, et quite l'uniforme militaire. Déclaré invalide à vingt pour cent par le Conseil de Réforme, il refusera d'être réformé par la suite.
Au mois d'octobre, il entre comme professeur de lettres à l'École des Roches de Verneuil sur Avre, dans l'Eure, par l'intermédiaire de Maurice Storez Fondateur avec Henri Charlier de l'Arche, et architecte de la chapelle des Roches. André s'installe alors dans un village situé prés de l'École, à Mandres. 1928 Son premier enfant, Bernard, meurt quelques semaines après sa naisance, le 7 septembre, aux premières vêpres de la Nativité de la Sainte Vierge. André et sa femme chantent le Magnificat. À Noël, au cours d'un séjour chez son frère, André Charlier renonce, dans l'Église du Mesnil-Saint-Loup, à sa vocation de musicien pour demander la guérison d'Henri gravement malade. Il avait en effet composé quelques mélodies, et il considérait la musique comme sa vocation naturelle. 1929 Installé dans le village de Pullay, il est élu maire de la commune. Il exercera ce mandat pendant dix ans avec un grand dévouement. 1930 Le 9 avril, naissance de sa première fille, Marguerite-Marie. 1932 Le 1er mars, naissance d'Anne-Marie. André Charlier demande à Léo Steck, peintre et sculpteur, son ami et filleul, converti au protestantisme, d'être le parrain de sa deuxième fille.
André Charlier entreprend de faire découvrir la musique principalement la musique française à ses élèves. Dans ce but il crée un « Cymbalum Club », et loue un clavecin sur lequel il interprète des pièces musicales dans différentes maisons des Roches. Dans le même esprit, voulant donner à ses élèves une véritable culture par le contact avec les grandes oeuvres d'art, il prend une part active aux représentations par les élèves des Roches de pièces de Molière, de Shakespeare, et de Charles Péguy dont ils donnent l'intégrale du Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc. Il est lui-même un acteur et un metteur en scène de premier ordre, très influencé par son amitié avec Jacques Copeau, qu'il fait venir à l'École pour des séances de lecture et des conférences. À la fête annuelle de Pullay, il lui arrive même de monter des farces avec les habitants du village. De ces années trente date son amitié avec Paul Claudel et avec dom Romain Guillauma, prieur de l'Abbaye de la Pierre-Qui-Vire et fondateur du monastère de Thien-Am au Vietnam. 1937 Son épouse, Alice, est gravement malade. Ne pouvant plus sans aide assurer l'éducation de leurs trois filles et l'entretien de la maison, André Charlier se voit obligé de confier Marguerite pendant un an à son frère et sa belle-soeur. André Charlier a comme élève Albert Gérard, qui lui rend régulièrement visite à Pullay; ainsi devait naître une amitié profonde et durable, déterminante pour ce dernier. 1938 En avril, André Charlier fait un pèlerinage de Brezolles à Notre-Dame de Chartres. Il marche seul, sur les traces de Péguy, pour demander à la Sainte Vierge la guérison d'Alice, et placer ses trois filles sous sa protection. En septembre, comme il a refusé d'être réformé, il est mobilisé pendant une huitaine de jours comme capitaine de réserve. 1939 À la déclaration de la guerre, il confie sa femme malade et ses trois filles à son frère et à sa belle-soeur qui les emmènent au Mesnil-Saint-Loup. 1939 Le 18 mars, Alice Charlier s'éteint au Mesnil. La retraite conduit André et ses hommes à la Réole où ils seront démobilisés à l'armistice. Il rejoint alors son frère et ses filles installés depuis l'exode de juin à Longechaud près d'Ambert. En octobre, il reprend son poste de professeur à l'École des Roches alors repliée au château de Maslaq, dans les Pyrénées-Atlantiques.
À la rentrée des classes, André Charlier est nommé directeur à l'École des Roches de Maslacq. Il fait revenir ses trois filles auprès de lui. Il reprend alors son oeuvre de formation de la jeunesse, dans le cadre très favorable des Roches, où l'ordre matériel et moral est en partie confié à de grands élèves : les « Capitaines ». C'est à ces derniers qu'André Charlier adressera à partir de septembre 1942, ses « Lettres », réunies aujourd'hui en recueil sous le titre Lettres aux Capitaines.
Il crée une schola avec ses élèves, à qui il enseigne le grégorien et la musique polyphonique de Josquin des Prés, Clément Janequin, Roland de Lassus... André Charlier fait aussi venir à Maslacq des musiciens réputés. Ainsi Jane Bathori, qui avait chanté sous la direction de Claude debussy et d'Érik Satie, vient accompagner Irène Joachim pour La mort de Socrate de Satie. Avec le violoncelliste André Lévy, il interprète la Sonate pour violoncelle et piano de Debussy. Et il se remet à composer de la musique : de nombreux cantiques pour les temps de l'année liturgique et les fêtes des saints, des mélodies, de la polyphonie et de la musique instrumentale; des oeuvres pour piano, des musiques de ballet pour quelques pièces de Molière, L'amour médecin, Monsieur de Pourceaugnac, Le Sicilien ou l'Amour Peintre. En même temps, il reprend la mise en scène théâtrale : Molière, Shakespeare, Tchekhov, Goldoni et Claudel seront joués sur la terrasse du châteu de Maslacq. Le professeur de philosophie est alors Jean Madiran, futur fondateur de la revue Itinéraires à laquelle André Charlier apportera sa contribution. André Charlier donne des conférences au cercle « Pour que l'esprit vive » créé par la princesse de Faucigny-Lucinge à Pau. 1944-1945 Jean-Marie Grach et Hervé Giraud, capitaines de Maslacq en qui André Charlier voyait les deux fils les plus fidèles de l'École, s'engagent dans la division Leclerc et sont tués sur le front. Après ces deux décès, un ancien écrit à André Charlier : « Nous avons le devoir d'être saints ». 1946 En janvier, André Charlier nomme capitaine deux de ses élèves, Gérard Calvet et Guy de la Chapelle qui deviendra capitaine général quelques mois plus tard. 1947 Première des « Journées de Maslacq » qui réunissent, après les examens, les élèves des classes terminales, des anciens, des professeurs et des conférenciers qu'André Charlier fait venir pour parler sur un thème donné. Viennent ainsi à Maslacq Henri Charlier, Gustave Thihon, le Père de Tonquédec, Henri Massis, Jean Guitton, Louis Salleron... À l'automne paraissent les premiers Cahiers de Maslacq, sous l'impulsion de Francis Daure et de Jean Madiran, jeunes professeurs de l'École. Ces cahiers, d'abord destinés à la publication des conférences données aux « Journées », seront l'occasion d'articles d'André Charlier réunis plus tard en volumes, avec d'autres textes, sous le titre de Que faut-il dire aux hommes.
De cette époque date l'amitié d'André Charlier avec la comtesse de Toulouse-Lautrec et avec le baryton Gérard Souzay qu'il fait venir à Clères pour des récitals. Gérard Calvet entre à l'Abbaye bénédictine de Maridan, dans les Hautes-Pyrénées. 1951 Marie-Élisabeth Charlier entre à la maison mère de Oblales de Saint-François de Sales à Troyes, où elle recevra le nom de Soeur Marie-Espérance. Les « Journées » ont encore lieu à Clères, ainsi qu'en 1952; André Thérive et Hyacinthe Dubreuil viennent y donner des conférences. Les Cahiers de Maslacq, rebaptisés Questions, continuent de paraître à intervalles plus ou moins réguliers jusqu'en juillet 1959. 1952 Guy de la Chapelle entre au noviciat de l'Abbaye de Tournay, où s'était transféré le monastère de Madiran, et reçoit le nom de frère Marie. 1955 Les « Journées » ont lieu pour la dernière fois, à Maslacq dans le château inoccupé depuis le départ de l'École. Le premier recueil des Lettres aux Capitaines est publié aux éditions du Phoque par les soins d'Albert Gérard. Le 1er septembre, André Charlier assiste aux funérailles de Paul Claudel. Le 15 octobre, mariage de sa deuxième fille, Anne-Marie. 1956 Ordination sacerdotale de Frère Gérard. Deux ans auparavant, celui-ci écrivait à André Charlier, à l'occasion de la parution d'un numéro de Questions : « Mon sacerdoce futur s'en est trouvé chargé d'une signification nouvelle : je voudrais sauver l'âme de la France ». Et André Charlier transcrivait cette phrase dans son journal ajoutant : « Ainsi tout ce que j'ai fait dans ces vingt années trouve sa signification. Mais aussi tout est achevé. Il suffit de ce jeune futur prêtre. En fait ils sont deux avec frère Marie. Ce que j'avais à transmettre sera transmis par eux. Il suffit d'une ou deux âmes ». 1957 André Charlier subit une importante opération de l'estomac, suite à un ulcère. 1958 Le 15 septembre, voeux solennels de soeur Marie-Espérance. 1959 Le 19 juillet, ordination sacerdotale de Frère Marie.
1964 Parution aux Nouvelles Éditions Latines du recueil de ses principaux écrits circonstanciels, Que faut-il dire aux hommes, couronné par l'Académie Française. André Charlier donne des conférences dans un cercle politique et littéraire créé par madame Rousseau à Paris, les Amitiés Françaises. Dom Gérard est envoyé en fondation à Curitiba au Brésil. 1967 Parution aux éditions Dominique Martin-Morin du livre Le chant Grégorien, écrit en collaboration avec son frère. 1969 André Charlier songe à s'installer dans les Pyrénées auprès de sa fille Anne-Marie, mais son état de santé l'oblige à entrer en maison de retraite à Paris, rue des martyrs. 1970 Le 26 août, dom Gérard, rentré en France depuis 1968, fonde le monastère Sainte-Madeleine de Bedoin, dans le Vaucluse. Le cardinal Journet lui rend plusieurs visites et l'encourage à garder précieusement la grande tradition contemplative et liturgique des fils de Saint-benoît. 1971 André Charlier s'éteind le 8 août, rue des martyrs. Il est enterré au cimetière du Mesnil-Saint-Loup. Le Père de Chivré prononce l'homélie funèbre.
1975 Le 23 août, ordination sacerdotale d'Henri Brincard, ancien élève de Clères, comme oblat de la Communauté des Chamoines de Champagne sur Rhône.
1980 Deuxième édition, complétée, des Lettres aux capitaines, aux Éditions Sainte-Madeleine.
Devant l'afflux des vocations, les moines de Sainte-Madeleine entreprennent la construction d'un monastère, à quelques kilomètres de Bedoin, au Barroux.
Le 2 octobre, consécration épiscopale de Henri Brincard, nommé évêque du Puy en Velay.
1989 Le 2 juillet, bénédiction abbatiale de dom Gérard, des mains de son Éminence le Cardinal Mayer. Le soir du même jour, prise d'habit de l'un des petits-fils d'André Charlier, qui reçoit le nom de frère Henri.
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